Vous l'avez sûrement vécue, cette fatigue. Celle qui ne passe ni avec une nuit, ni avec une semaine, ni avec un mois de vacances. Celle qui est là dès le réveil. Celle qui rend les après-midi interminables, qui vous fait fermer les yeux dès que vous vous asseyez, qui vous oblige à annuler la moitié de ce que vous aviez prévu.
Vous fonctionnez à 30 % de vous-même depuis des mois. Parfois des années.
Vous avez essayé. Vous avez dormi plus, mangé mieux, fait du sport, pris des compléments, lu des livres, suivi des conseils. Vous avez fait ce qu'il fallait faire. Et rien n'a vraiment changé.
Cette fatigue-là, je la rencontre presque chaque semaine en séance. Et j'aimerais en parler ici, parce qu'elle dit beaucoup de choses sur ce que portent celles et ceux qui s'épuisent sans comprendre pourquoi — et sur ce qui peut vraiment changer quand on accepte de regarder ailleurs. Pour qui s'y engage, ce travail donne souvent des résultats qui surprennent.
Une note avant de commencer : si une fatigue durable s'installe, un bilan médical est toujours une bonne porte d'entrée. Mon travail n'est pas une alternative à la médecine, il vient à un autre endroit — celui où la médecine s'arrête. Le reste de cet article parle de cet autre endroit.
Trois fatigues qu'on confond, et qui ne se réparent pas pareil
Quand on dit « je suis fatigué », on met dans le même mot trois choses très différentes. Je vais les distinguer, parce que ça change tout pour comprendre ce qui se passe en vous.
La fatigue physique. C'est la plus évidente. Vous avez couru, porté, marché, mal dormi, vous êtes malade. Le corps est sollicité au-delà de ses réserves. Le repos, la nourriture, le sommeil la résorbent. Si elle s'installe sans cause apparente, il y a une exploration à faire — c'est ce que fait votre médecin.
La fatigue émotionnelle. Plus discrète. Vous portez une charge — un proche en difficulté, un travail qui vous use, un conflit qui dure, un deuil pas digéré, une enfance qui pèse encore. Vous tenez. Vous gérez. Vous faites face. Mais ce que vous portez, vous le portez avec quelque chose qui n'a rien à voir avec les muscles. Et cette fatigue-là, le sommeil ne la lave pas. Vous pouvez dormir dix heures, vous vous réveillez avec exactement la même chose dans la poitrine.
La fatigue énergétique. Encore plus discrète, et c'est celle dont on parle le moins. C'est la fatigue de quelqu'un qui absorbe — les ambiances, les tensions des autres, les non-dits d'une pièce, les humeurs d'un collègue. C'est la fatigue de quelqu'un qui porte, à son insu, des choses qui ne sont pas à lui. Beaucoup de personnes que je reçois fonctionnent comme ça depuis l'enfance, sans le savoir, et finissent par s'épuiser sans comprendre pourquoi. Elles n'ont rien fait de plus que les autres. Elles ont juste, en plus, transporté tout ce qui passait autour d'elles.
Ces trois fatigues coexistent souvent. Et c'est précisément parce qu'on ne les distingue pas qu'on cherche au mauvais endroit. On essaye de réparer une fatigue émotionnelle ou énergétique avec des outils faits pour la fatigue physique — repos, vitamines, vacances. Évidemment, ça ne suffit pas.
L'exemple qui revient le plus souvent
Pour rendre ça concret, prenons une personne typique de ce que je reçois.
Une femme, quarante ans, deux enfants, un travail prenant. Elle a toujours été quelqu'un qu'on appelle quand ça va mal. Elle a tenu sa famille pendant la maladie de sa mère il y a trois ans. Elle écoute son amie en plein divorce. Au bureau, c'est elle qu'on vient voir quand un collègue craque. Elle dit oui. Elle aide. Elle est solide.
Depuis dix-huit mois, elle est épuisée. Pas juste fatiguée — épuisée. Elle se réveille la nuit à 4 h du matin, le cœur qui bat. Elle a du mal à se lever. Vers 11 h, elle a une fenêtre où elle est presque normale. Puis ça retombe. Elle annule les sorties qu'elle avait prévues, parce qu'elle n'a pas l'énergie. Elle a pris cinq kilos sans vraiment changer ce qu'elle mange. Elle pleure facilement. Elle se sent coupable de ne pas être plus là pour ses enfants.
Elle a fait ce qu'il fallait. Bilans, examens, consultations. Tout est revenu sans grande anomalie. On lui a parlé de surcharge, de stress, on lui a proposé un anxiolytique léger qu'elle ne prend pas.
Quand elle arrive en séance, elle s'excuse presque. « Je sais que ce n'est sûrement rien. Je voulais juste essayer. »
Ce qu'on découvre ensemble, en travaillant doucement, c'est que son corps porte trois choses superposées :
— La charge de la maladie de sa mère, qu'elle a tenue toute seule sans rien pouvoir poser nulle part. Personne ne l'a jamais aidée à déposer ça.
— L'absorption permanente des émotions des autres, qu'elle pratique depuis qu'elle est enfant — une mère absente, un père dépressif, une petite sœur dont elle s'occupait à dix ans. Elle a appris à capter, à anticiper, à porter. Ce mode est resté allumé toute sa vie.
— Une attention constante portée à tout le monde sauf à elle. Une habitude tellement ancienne qu'elle ne sait même plus ce qu'elle ressent quand on lui demande « et toi, tu vas comment ? ».
Aucune de ces trois choses n'apparaît sur une analyse. Aucune ne se traite avec une pilule. Et pourtant, c'est là que sa fatigue se loge. C'est exactement à cet endroit-là que je travaille.
Pourquoi le repos seul ne suffit pas
C'est une question que beaucoup me posent. « J'ai fait deux semaines de vacances, je me suis reposée, et au bout de trois jours au travail j'étais à nouveau au tapis. Pourquoi ? »
La réponse est presque mécanique, une fois qu'on l'a comprise.
Le repos répare la fatigue physique. Il dort, il digère, il refait le plein. Mais il ne défait pas ce qui s'est noué émotionnellement, et il n'aide pas le corps à déposer ce qu'il porte depuis longtemps. Vous pouvez dormir tout l'été — la charge ancienne, elle, vous attend en septembre, exactement où vous l'aviez laissée.
C'est même parfois pire. Quand on s'arrête, ce qui était tenu par la course se met à remonter. Beaucoup de gens tombent malades en début de vacances, ou s'effondrent le 26 décembre. Ce n'est pas un hasard : c'est ce qui était comprimé pendant l'année qui demande à être vu.
Ce qu'il faudrait, ce n'est pas seulement du repos. C'est de l'allègement. Ce sont deux choses différentes. Reposer le corps, c'est essentiel. Décharger ce qu'il porte, c'est un autre travail. Et c'est précisément ce travail-là que je fais en séance.
Reconnaître ce qui n'est pas (toujours) à vous
Parmi les personnes qui me consultent pour fatigue, beaucoup découvrent en séance qu'elles portent des choses qui ne leur appartiennent pas vraiment. Pas parce qu'elles sont « mystiquement contaminées ». Parce qu'elles ont, dans leur fonctionnement quotidien, une porosité plus grande que la moyenne, et qu'elles absorbent.
Quelques signes qui peuvent vous parler, ou pas :
Vous entrez dans une pièce et vous sentez immédiatement l'ambiance, sans qu'on vous dise rien. Vous sortez d'un repas de famille épuisée, comme si vous aviez couru un marathon. Vous gérez bien les crises des autres mais vous vous effondrez seule dans votre voiture en rentrant. Vous avez du mal à savoir, à un moment donné, si la tristesse que vous ressentez est la vôtre ou celle de la personne en face. Vous évitez certains lieux — open spaces, métros, hôpitaux, supermarchés bondés — parce que vous en sortez « pris·e en otage » sans savoir par quoi.
Aucun de ces signes ne suffit isolément à conclure quoi que ce soit. Mais quand plusieurs se cumulent, et qu'ils s'accompagnent d'une fatigue qui ne s'explique pas, il y a quelque chose à regarder de ce côté-là.
Cette porosité, on ne la « supprime » pas — c'est un fonctionnement, pas une maladie. Mais on peut apprendre à ne plus la subir. À mettre des cadres. À déposer, en fin de journée, ce qu'on a chargé sans le vouloir. Une grande partie du travail que je fais en séance avec ces personnes-là consiste exactement à ça : leur rendre la maîtrise de ce qu'elles laissent entrer, et de ce qu'elles posent.
La fatigue qui parle d'autre chose
Il y a un autre cas que je rencontre souvent, et qu'il faut nommer.
Parfois, la fatigue n'est pas une cause à traiter. C'est un message. C'est le corps qui dit « ça suffit », parce que vous menez depuis des années une vie qui ne vous correspond pas. Un travail qui vous use, une relation qui vous éteint, une obligation que vous n'avez jamais osé refuser, une vie d'apparence qui vous coûte plus que vous ne le pensez.
Le corps, quand l'esprit n'écoute pas, finit par parler en éteignant la lumière. Il ne sait plus comment dire autrement. Il ralentit, il vous met au tapis, parce que c'est sa façon de vous obliger à vous arrêter pour regarder ce que vous ne regardez pas.
Dans ces cas-là, la fatigue n'est pas le problème. Elle est la solution que le corps a trouvée pour vous protéger. Et tant qu'on n'écoute pas ce qu'elle vient dire, elle revient. Elle revient sous d'autres formes. Elle s'aggrave. Elle s'installe.
Une partie de mon travail consiste, dans ces situations, à aider la personne à entendre ce que cette fatigue vient lui demander. Et à libérer ce qui maintient la situation en place — la peur, l'habitude, la culpabilité, la loyauté à des injonctions anciennes. Une fois que ce qui pèse est posé, les choix qui semblaient impossibles deviennent souvent plus simples qu'on ne le croyait.
Ce qui se passe, concrètement, en séance
Une séance dure environ une heure trente, en visio. Vous êtes chez vous, dans votre espace, sans le trajet avant et après. C'est souvent plus profond comme ça, parce que rien ne fait écran.
La première partie, c'est l'écoute. Vous me dites ce qui se passe, dans vos mots à vous. Pas de formulaire, pas de questionnaire — juste ce que vous voulez poser. Je pose quelques questions, on cherche ensemble ce que cette fatigue raconte, ce qu'elle porte, depuis quand elle est là.
Puis vient le travail énergétique. Je vous demande simplement de rester tranquille, allongée ou assise selon ce qui vous va. Vous fermez les yeux si vous voulez. Je travaille de mon côté. Vous n'avez rien à faire, rien à ressentir pour que ça marche. Votre seule tâche, c'est d'être là.
Ce que je fais à ce moment-là, c'est lire ce que votre corps porte, et l'aider à le déposer. Ce n'est pas spectaculaire. C'est précis. C'est calme. Pour vous, ça ressemble à un moment de pause profonde, parfois traversé d'images, de souvenirs qui remontent, ou simplement d'un grand silence.
À la fin, on échange quelques minutes sur ce qui est venu. Si je sens qu'un exercice court peut prolonger le travail, je vous le confie. Vous repartez. Le reste se fait tout seul, dans les jours qui suivent.
Ce que je vois bouger, dans les jours et les semaines qui suivent
Pour celles et ceux qui s'engagent dans ce travail, voici ce que j'observe régulièrement.
Le sommeil change. Il se pose. Les réveils nocturnes diminuent ou disparaissent. La sensation, au matin, n'est plus la même.
La charge se distingue. La personne commence à savoir, dans sa journée, quand elle est en train d'absorber, et quand c'est elle qui ressent. Elle reprend la main sur ce qui était devenu automatique.
Ce qui pesait depuis longtemps trouve un endroit pour se déposer. Par une attention précise, par une écoute du corps, par un travail qui libère ce qui s'était figé.
Et dans les jours qui suivent une séance, la personne décrit une légèreté qu'elle avait oubliée. Une simplicité retrouvée. La sensation que respirer ne coûte rien. Que les journées ne sont plus une falaise à grimper. Que le soir, il reste encore quelque chose pour soi.
Pour certaines personnes, une seule séance suffit à amorcer un mouvement net. Pour d'autres, qui portent depuis plus longtemps ou dont la charge est plus stratifiée, un accompagnement sur quelques semaines permet d'aller plus loin et d'ancrer ce qui s'est libéré. Le résultat, dans ces cas-là, dépasse souvent ce que la personne attendait en arrivant.
Quand quelqu'un est prêt à entendre ce que son corps porte, le travail peut bouger vite. Et plus profond qu'on ne le croit en s'asseyant pour la première fois.
Pour résumer
Il existe trois fatigues très différentes — physique, émotionnelle, énergétique — et l'erreur la plus fréquente est d'essayer de soigner les deux dernières avec les outils de la première. Forcément, ça ne marche pas.
Quand le repos ne suffit pas, c'est souvent que le corps porte quelque chose qu'aucun examen ne voit : une charge ancienne, une absorption permanente, une vie qui n'est plus ajustée à qui vous êtes.
Ces fatigues-là ne se réparent pas avec du sommeil ou des compléments. Elles demandent un autre travail : reconnaître ce qui pèse, distinguer ce qui est à vous de ce qui ne l'est pas, déposer ce qui s'est accumulé.
C'est exactement ce que je fais en séance. Une heure trente en visio, un travail précis pour aider votre corps à rendre ce qu'il porte depuis trop longtemps. Et pour celles et ceux qui acceptent d'y entrer vraiment, ce qui se met à bouger surprend souvent.
Si vous vous reconnaissez dans ce que je décris, vous pouvez réserver une séance directement, ou m'écrire avant — je réponds personnellement, sous 24 heures.
Le corps sait se reposer, quand on lui rend ce qui pèse.
Pour aller plus loin : Reconnaître ce qui pèse, Le corps qui retient et Ce qu'on porte sans le savoir approfondissent les notions évoquées dans ce texte.
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