Le journal

Comprendre · N° 104

Par Hervé · 10 min

Lâcher prise : ce que ça veut dire, et ce que ça ne veut pas dire

Lâcher prise n'est ni abandonner ni se forcer au calme. Comprendre ce que cette expression recouvre vraiment, et des pistes douces pour desserrer sans se trahir.

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Femme d'une cinquantaine d'années, chemise de lin beige, assise près d'une fenêtre, yeux fermés, paumes ouvertes, épaules descendues
Dans cet article
  1. 01Une expression qui pèse
  2. 02Ce que lâcher prise n’est pas
  3. 03Ce que c’est, concrètement
  4. 04Pourquoi c’est si difficile
  5. 05Scènes du quotidien
  6. 06Ce qui n’aide presque jamais
  7. 07Ce qui aide, petit, tenable
  8. 08Ce que cette page ne fait pas
  9. 09Une possibilité, sans pression
  10. 10Pour aller plus loin

« Il faut que tu lâches prise. »

La phrase arrive souvent au pire moment. Quand tu es épuisé, tendu, au bord de quelque chose. Et elle sonne comme un ordre de plus. Comme si lâcher prise était une décision qu’on prend, un interrupteur qu’on bascule, une performance de plus à réussir.

Si tu en as assez qu’on te le dise, cette page est pour toi. Elle ne te demande pas de lâcher quoi que ce soit. Elle est là pour regarder ce que cette expression recouvre, et ce qu’elle cache.

J’ai écrit ailleurs sur la pensée positive à outrance et sur l’injonction au pardon. Cette page est de la même famille. Elle s’attaque à une injonction de plus, celle du lâcher-prise, qui se présente comme une libération et qui devient souvent une pression.

Une expression qui pèse

« Lâcher prise » est devenu un mot-valise. On le met partout : sur le stress, le deuil, la colère, l’ambition, les relations. Il promet la paix, la légèreté, la fin de la lutte. Et il sous-entend que si tu n’y arrives pas, c’est que tu t’y prends mal.

Le problème n’est pas l’idée. Desserrer ce qui nous serre, c’est souhaitable. Le problème, c’est la manière dont l’expression est employée : comme un résultat à atteindre, une consigne à exécuter, un reproche déguisé.

On te dit de lâcher prise comme on te dirait de te détendre. Et comme pour la détente, l’ordre produit l’effet inverse. Plus on te demande de lâcher, plus tu te crispes.

Ce que lâcher prise n’est pas

Lâcher prise n’est pas abandonner. Ce n’est pas renoncer à ce qui compte, laisser tomber ses responsabilités, cesser de se battre pour ce qui est juste. On peut desserrer une tension sans lâcher ce qu’on défend.

Ce n’est pas non plus se forcer au calme. Le calme qu’on s’impose n’est pas la paix. C’est un couvercle posé sur une marmite. La marmite continue de bouillir dessous.

Ce n’est pas une décision. On ne décide pas de lâcher prise comme on décide de se lever. C’est un processus, un mouvement qui se fait, souvent malgré nous, rarement sur commande.

Et ce n’est pas une preuve de sagesse. Certains « lâchent prise » par épuisement, par résignation, par indifférence. Ce n’est pas la même chose que desserrer en conscience. La résignation n’est pas la paix.

Ce que c’est, concrètement

Lâcher prise, c’est d’abord cesser de tenir ce qui ne nous appartient pas.

Tenir le résultat, alors qu’il ne dépend pas de nous. Tenir l’opinion des autres, alors qu’elle nous échappe. Tenir le passé, alors qu’il est déjà écrit. Tenir une image de soi, alors qu’elle nous enferme.

Desserrer, ce n’est pas tout laisser tomber. C’est faire le tri entre ce qui est à nous et ce qui ne l’est pas. Entre ce qu’on peut agir et ce qu’on ne peut que recevoir. Entre ce qui nous protège et ce qui nous épuise.

C’est aussi laisser le corps se déposer. La tension n’est pas qu’une idée. Elle est dans les épaules, la mâchoire, le souffle. Lâcher prise, c’est parfois simplement laisser les épaules redescendre, le souffle s’allonger, le corps retrouver un peu de place.

Pourquoi c’est si difficile

Parce que tenir, c’est souvent ce qui nous a protégés.

Tenir, c’était rester en contrôle, ne pas être surpris, ne pas être blessé. Tenir, c’était être prêt, être fiable, être celui sur qui on compte. Tenir, c’était survivre.

Alors lâcher, même un peu, ressemble à un danger. Le corps ne fait pas la différence entre desserrer une tension et baisser la garde. Il résiste, parce qu’il a appris que tenir, c’était être en sécurité.

C’est pour cela que l’injonction ne marche pas. On ne peut pas ordonner à quelqu’un de se sentir en sécurité. On peut seulement créer les conditions pour que le corps, un jour, accepte de se déposer.

Scènes du quotidien

Ce sont des scènes, pas des dossiers de personnes que j’aurais accompagnées. Elles servent à te reconnaître, pas à te coller une étiquette.

Tu es en vacances, et tu n’arrives pas à décrocher. Tu vérifies les messages, tu repenses au travail, tu te reproches de ne pas « profiter ». Lâcher prise devient une tâche de plus.

Quelqu’un te dit « lâche prise », et tu sens la colère monter. Pas contre la personne. Contre l’idée que ce serait si simple.

Tu tiens un projet à bout de bras, tu contrôles tout, tu anticipes tout. Et tu sais que c’est épuisant. Mais l’idée de desserrer te fait plus peur que la fatigue.

Tu essaies de méditer, de respirer, de « te détendre ». Et plus tu essaies, plus tu te crispes. Tu finis par te reprocher de ne pas y arriver.

Tu as lâché quelque chose, un jour, sans le décider. Une colère qui s’est dissoute, une peur qui s’est tue. Et tu n’as pas su comment c’était arrivé.

Si une de ces scènes te parle, tu as une information : lâcher prise n’est pas un effort. C’est plutôt la fin d’un effort.

Ce qui n’aide presque jamais

Se l’ordonner. « Allez, lâche prise. » L’ordre produit la crispation. On ne se commande pas le relâchement.

Se culpabiliser de ne pas y arriver. « Je n’arrive même pas à lâcher prise. » La culpabilité est une tension de plus. Elle éloigne précisément ce qu’on cherche.

Confondre lâcher et abandonner. Se forcer à « laisser tomber » ce qui compte, par peur de passer pour quelqu’un qui s’accroche. Ce n’est pas du lâcher-prise. C’est de la résignation, et elle laisse un goût amer.

Chercher la technique parfaite. La respiration, la méditation, le yoga, comme des outils à maîtriser. Ils peuvent aider. Mais s’ils deviennent une performance, ils ajoutent une pression au lieu d’en retirer une.

Attendre le grand soir. Croire qu’un jour, d’un coup, tout se déposera. Le relâchement est rarement spectaculaire. Il est fait de petits desserrements, souvent invisibles.

Ce qui aide, petit, tenable

Repérer ce qu’on tient. Une question simple : qu’est-ce que je tiens en ce moment, qui ne m’appartient pas ? Le résultat, l’opinion, le passé, l’image. Nommer ce qu’on tient, c’est déjà commencer à le desserrer.

Distinguer agir et contrôler. On peut agir sur ce qui dépend de nous, et cesser de contrôler ce qui n’en dépend pas. La frontière n’est pas toujours nette, mais la chercher aide.

Laisser le corps faire. Les épaules qui redescendent, le souffle qui s’allonge, la mâchoire qui se desserre. Pas comme un exercice. Comme une permission qu’on se donne.

Accepter de ne pas y arriver. Paradoxalement, c’est souvent en cessant de vouloir lâcher prise qu’on commence à se déposer. L’acceptation de la tension est parfois le premier relâchement.

Faire confiance au temps. Le relâchement ne se commande pas, mais il se prépare. Un cadre tenu, un rythme juste, des moments de calme. Le corps se dépose quand il se sent en sécurité, pas quand on le lui ordonne.

Ce que cette page ne fait pas

Elle ne te dit pas de tout lâcher. Elle ne fait pas du lâcher-prise une vertu à atteindre, ni de la tension une faute à corriger. Elle ne remplace pas un accompagnement si la tension t’épuise, si elle t’empêche de dormir, de vivre, ou si elle s’accompagne d’une détresse profonde. Dans ce cas, un professionnel de santé est la bonne adresse.

Elle dit seulement ceci : tu n’as pas à lâcher prise sur commande. Tu peux, doucement, cesser de tenir ce qui ne t’appartient pas.

Une possibilité, sans pression

Si la tension est ancienne, si elle s’est installée dans le corps et qu’elle ne se dépose pas malgré tout ce que tu as essayé, un accompagnement de libération émotionnelle ou un soin énergétique peut être une suite possible. Les séances se font le plus souvent à distance. Tu peux prendre rendez-vous au moment qui est juste pour toi, ou m’écrire d’abord.

Ce n’est pas une obligation. C’est une porte, ouverte, sans précipitation.

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