Vous prenez le téléphone pour vérifier l’heure. Une notification annonce un message, puis un titre d’actualité attire le regard. Quelques vidéos plus tard, vous ne savez plus très bien ce que vous étiez venu chercher. Dix minutes ont passé. Il reste une agitation diffuse et l’envie paradoxale de continuer.
La surcharge informationnelle ne vient pas simplement des écrans. Un téléphone permet de travailler, de rester en lien, de s’orienter et d’accéder à des informations utiles. Ce qui épuise peut être la continuité du flux : chaque intervalle se remplit avant que l’attention ait le temps de revenir à ce qui est là.
Il n’est pas nécessaire de diaboliser la technologie pour reconnaître ce coût. On peut aimer ses usages numériques et constater qu’ils occupent trop de place. La réponse ne sera pas forcément une coupure radicale. Elle peut commencer par redonner des bords à ce qui n’en a plus.
Le geste commence avant la décision
L’ouverture d’une application devient vite automatique. Elle se produit dans l’ascenseur, à un feu rouge, pendant qu’un café coule ou dès qu’une conversation marque une pause. Le geste n’est pas toujours motivé par une envie précise. Il répond à quelques secondes disponibles.
Ces petites consultations se relient entre elles. Une information professionnelle conduit à un réseau social, puis à l’actualité. Chaque contenu propose le suivant. Le retour au moment présent demande alors une décision, tandis que poursuivre ne demande presque rien.
Le téléphone n’est pas seul en cause. Les services sont conçus pour réduire les interruptions : lecture automatique, notifications, recommandations, défilement sans fin. À cela s’ajoutent nos raisons propres de rester : chercher une réponse, éviter l’ennui, maintenir un lien ou surveiller une situation inquiétante.
Accuser l’utilisateur de manquer de discipline ne rend pas compte de cet ensemble. Il est plus utile de regarder à quel moment le geste cesse de servir l’intention de départ.
S’informer sans laisser le flux prendre toute la place
Suivre l’actualité peut être une responsabilité, un besoin professionnel ou une manière de ne pas détourner les yeux de ce qui arrive. Après un événement grave, il est compréhensible de chercher des mises à jour. Le problème apparaît lorsque l’information ne permet plus de comprendre ni d’agir, mais entretient seulement l’attente de la prochaine alerte.
Une même nouvelle revient alors sous dix formes. Les commentaires ajoutent de la colère, les images relancent l’inquiétude, les hypothèses prennent la place des faits. On accumule des fragments sans obtenir davantage de clarté.
L’absence d’intervalle compte autant que le contenu. Passer d’un courriel tendu à une vidéo légère, puis à un conflit lointain, oblige l’attention à changer sans cesse de registre. Le corps reste assis, mais la journée intérieure traverse une succession de secousses.
Dire cela ne suppose aucun mécanisme neurologique particulier. C’est une description simple : beaucoup de sollicitations peuvent être vécues comme saturantes, surtout lorsqu’elles ne laissent aucun moment pour revenir à soi.
Ce que les données permettent de dire
Selon l’enquête française TIC Ménages 2023 relayée par l’Insee, un tiers des internautes déclarait au moins un effet néfaste lié à l’usage des écrans. Les effets recueillis concernaient notamment le sommeil, les activités physiques, les relations sociales, le travail ou les études.
Il s’agit d’effets déclarés par les personnes interrogées, en France, dans le cadre précis de cette enquête. Le chiffre ne mesure pas une atteinte du cerveau, ne démontre pas une causalité clinique et ne décrit pas spécifiquement le fait de consulter compulsivement de mauvaises nouvelles. Il ne doit pas non plus être appliqué à la population suisse.
Les usages diffèrent beaucoup. Lire un long article, parler avec un proche, travailler ou faire défiler des contenus courts n’engagent pas la même attention. L’heure, la durée, le contexte et ce que l’écran remplace comptent également.
La donnée invite donc à prendre au sérieux les difficultés rapportées, pas à déclarer tout écran nocif.
Doomscrolling : un mot descriptif, pas un diagnostic
Le mot anglais « doomscrolling » désigne couramment le fait de continuer à consulter des nouvelles négatives ou anxiogènes alors que cette consultation fait du mal. Il décrit un comportement reconnaissable. Il ne constitue pas un diagnostic, et l’Insee ne le mesure pas spécifiquement.
Pourquoi continuer ? Il peut y avoir l’espoir que la prochaine information rassure, donne une explication ou annonce enfin une issue. Quitter le flux semble alors risquer de manquer quelque chose d’important. Pourtant, chaque nouvelle relance l’incertitude.
La honte complique le geste. On se reproche d’avoir perdu du temps, puis on cherche une distraction rapide pour ne plus sentir cette culpabilité. Le même appareil fournit la tension et l’échappatoire.
Nommer ce mouvement peut aider si le mot reste léger. Il ne dit rien, à lui seul, de la santé mentale d’une personne. Une consultation insistante après une crise n’a pas le même sens qu’un usage installé depuis des mois.
Pourquoi la déconnexion totale tient rarement
Les conseils radicaux ignorent souvent la place réelle du numérique. Les horaires de travail arrivent par messagerie. La famille vit dans plusieurs pays. Les démarches administratives, les billets et les nouvelles passent par le téléphone. Éteindre durablement n’est ni possible ni souhaitable pour tout le monde.
Une interdiction totale peut aussi créer un cycle : coupure stricte, frustration, retour massif, culpabilité. La règle n’a pas aidé à choisir ; elle a seulement déplacé le contrôle.
Des limites plus précises résistent mieux. Retirer les notifications d’une application sans supprimer celle-ci. Consulter l’actualité à des moments choisis plutôt qu’à chaque alerte. Poser le téléphone hors de portée pendant un repas. Garder un lieu où il ne suit pas automatiquement.
Ces propositions ne sont pas un programme universel. Chacun peut observer le bord qui changerait réellement quelque chose. Pour une personne, ce sera le réveil. Pour une autre, la dernière demi-heure avant de dormir ou les conversations avec les proches.
Retrouver un intervalle
Un intervalle n’a pas besoin d’être long ni parfaitement calme. Il peut s’agir de finir une tasse sans ouvrir une application, de marcher jusqu’à l’arrêt de bus en regardant la rue, de laisser une file d’attente rester vide.
Au début, ce vide peut sembler inconfortable. L’envie de reprendre le téléphone arrive avec une pensée convaincante : vérifier la météo, répondre maintenant, chercher le nom d’un acteur. On peut noter l’envie et choisir si elle doit être suivie tout de suite.
L’objectif n’est pas de devenir exemplaire. Il est de retrouver la différence entre un geste choisi et un réflexe. Cette différence rend à l’attention une petite marge.
Si l’usage devient incontrôlable, altère durablement le sommeil, le travail ou les relations, un professionnel de santé peut aider à regarder l’ensemble de la situation. L’écran peut accompagner une souffrance plus large sans en être la cause unique.
Nous avons besoin d’informations et de liens. Nous avons aussi besoin de moments qui ne nous demandent rien. Lorsque le flux retrouve des bords, le silence cesse d’être seulement l’attente du prochain contenu. Il redevient un endroit où une pensée peut aller jusqu’au bout.
Si le silence fait remonter ce que le flux couvrait
Lorsque l’écran se tait, il arrive que l’agitation reste. Une inquiétude, une fatigue ou une sensation de vide devient alors plus visible. En séance, je peux vous accompagner à écouter ce qui apparaît dans ces moments, sans vous imposer une « détox numérique » ni faire de votre téléphone le coupable de tout.
Nous pouvons partir de votre usage réel et de ce que vous cherchez dans le flux, afin de retrouver des repères qui vous appartiennent. Cet accompagnement ne remplace pas un avis médical ou psychologique si l’usage ou l’anxiété entrave votre vie. Si vous souhaitez prendre ce temps, vous pouvez réserver une séance. Vous pouvez également m’écrire avant de réserver pour poser vos questions sur le cadre.
Réserver un soin 